HiTech 

Denis Fortin, DSI France Télécom Group SI

L’expansion internationale de l’opérateur de télécommunication se heurte àla disparité et la redondance des systèmes informatiques. Pour gagner en efficacité, le groupe a choisi la voie de l’uniformisation, avec pour méthode la collaboration virtuelle.

charentes-info.com : Vous êtes arrivé à la tête de l’informatique de France Télécom en février 2007, quelle était votre mission ?
Denis Fortin : Notre groupe s’est beaucoup internationalisé et nous sommes aujourd’hui présents dans plus de 200 pays. Notre métier d’opérateur a également beaucoup évolué vers la fourniture de contenu, et nous proposons nos services au grand public dans 28 pays. Il est donc nécessaire d’harmoniser les systèmes pour gagner en cohérence au sein du groupe et de les faire évoluer vers plus de temps réel et plus de web. Nous avons besoin d’un SI qui soit plus agile, plus rapide et de meilleure qualité. Pour atteindre cet objectif nous devons regrouper les projets par domaine fonctionnel, utiliser les compétences disponibles où qu’elles se trouvent et améliorer le Time To Market.

ci : Et concrètement …
DF : Dans un contexte de globalisation du SI, le risque le plus important est qu’il s’éloigne du business. Il faut adapter l’organisation et trouver le bon équilibre entre la centralisation efficace mais dirigiste et trop éloignée des préoccupations du business local ; et trop de délégations aux pays qui conduiraient à beaucoup de spécifique et de redondances. Pour cela j’ai décidé de privilégier la transversalité entre d’une part les cinq Delivery, responsables de l’exécution des projets et services devant leur pays (France, Espagne, Pologne, Royaume Uni et Orange Business Services) et les sept Software Factories, spécialisée chacune dans un domaine d’application comme le CRM, le Billing, le Customer Front-End, la BI… Cette organisation est soutenue et aidée par différents services, comme les RH ou les Finances, auxquels vient s’ajouter la Coordination des opérations et l’Architecture – Processus - Technologies. Le Group IT que je dirige a pour vocation de chapeauter l’ensemble.

ci : Et comment faire avec 5000 collaborateurs à travers le monde et plus de 2000 applications en chantier ?
DF : Les Software Factories, qui ont une obligation de résultat vis-à-vis des Delivery, fonctionnent selon le principe des communautés virtuelles, organisées autour des projets. Toutes les compétences sont rassemblées et des représentants de chacun des pays y participent. Les choix techniques, d’architecture ou de stratégie, déjà décidés au niveau du groupe, n’y sont pas discutés. Les échanges se concentrent sur les besoins métiers, les adaptations locales à réaliser et bien sûr la convergence. L’idée est de partager à la fois les besoins, les compétences et les expériences pour que le meilleur ait la possibilité d’apparaître. Les arbitrages, la répartition de travaux, sont réalisés dans chacune des SF qui est responsable de bout en bout de ses projets. Des comités exécutifs, qui rassemblent des membres des différentes SF, se tiennent toutes les 2 semaines pour travailler à l’harmonisation et la prioritisation des projets.

ci : C’est un mode de fonctionnement qui peut sembler très novateur dans une grande entreprise comme FT …
DF : L’une de nos sources d’inspirations est Internet. Ce modèle offre de nombreux exemples d’organisation et de développement dont nous pouvons nous inspirer. Le réseau est hautement adaptatif, son maillage assure sa pérennité. Nous utilisons la même architecture dans le sens où nous ne sommes plus figés dans des organisations locales ou verticales mais au contraire nous allons chercher les compétences là où elles se trouvent. Dans le même ordre d’idée, le réseau se met à jour lui-même. En facilitant, en promouvant les échanges entre les équipes, entre les collaborateurs, nous assurons la circulation des idées et nous participons à la formation et à l’acquisition de compétences. Mais ce n’est pas la seule analogie que nous pouvons trouver. Une bonne partie d’Internet s’est développée autour d’objectifs communs avec la volonté de toujours faire mieux. France Télécom compte beaucoup de gens volontaires et passionnés qui savent que notre entreprise leur donne les moyens de réinventer l’impossible tous les 5 ans. Nos efforts visent à apporter plus d’interaction et de réactivité à nos clients, et nos collaborateurs sont très sensibles à en bénéficier eux-mêmes dans leur travail, au quotidien.

ci : Transversalité, communication, TTM … Comment imaginez-vous le futur SI de France Télécom ?
DF : Nous prenons clairement la voie SOA : des composants petits, ciblés qui soient faciles à intégrer et rapidement opérationnels. Bien entendu, ces services seront majoritairement utilisés en interne mais nous travaillons aussi à développer des API pour nos partenaires. Nous pouvons même imaginer des repositories où certains seraient accessibles à nos clients, un peu sur le modèle de Google Maps. Il ne faut pas oublier que tous nos utilisateurs ne sont pas des clients et qu’Orange est connu (surtout) pour ses contenus. Nous devons donc prendre en compte cette tendance lourde et adapter notre SI pour que les services puissent être accédés là où ils sont, et par ceux qui en ont besoin.