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Antefilms Studio, animateur àAngoulême


Nichés entre le centre ville d’Angoulême et le CNBDI, les bureaux d’Antefilms Studio sont discrets et studieux. Assez peu connue du grand public, l’entreprise est créée en 1997 par les frères Benoit et Christophe di Sabatino, et s’installe à Angoulême en 1998, dans le cadre du pôle image Magélis. Antefilms Studio est la société historique du groupe Moonscoop, lui-même issu du rapprochement avec France Animation rachetée en 2003. D’autres acquisitions ou partenariats sont venus faire de Moonscoop un groupe reconnu internationalement pour ses séries de dessins animés ou ses productions d’images de synthèse, notamment à travers sa structure de distribution et de licensing Taffy Entertainment.
Si tous les adultes ne connaissent pas l’entreprise, les enfants assurent un réel succès à ses productions qui sont diffusées sur les télévisions de plus de 160 pays. Parmi les séries les plus célèbres auprès du jeune public et fabriquées à Angoulême, on mentionnera Funky Cops, Alien Bazar, Code Lyoko ou Les 4 Fantastiques, destiné aux enfants de 6-12 ans, ou Le monde de Todd pour les « pré scolaires ». Toutes ces productions ne sont pas réalisées entièrement à Angoulême même, le groupe est présent également à Paris et au Pays de Galles mais aussi à Los Angeles et au Luxembourg, et collabore avec des studios en Inde et en Chine où s’est récemment ouvert un bureau de distribution à Shanghaï. Le groupe emploie environ 300 personnes et réalise un chiffre d’affaire de 70 M€, dont 2 M€ pour Antefilm Studio.
A Angoulême, le studio travaille actuellement sur deux projets principaux, les séries Casper qui sera diffusée l’année prochaine sur TF1 et Bunny Maloney qui fleurira sur France2 ; toutes deux réalisées entièrement en 3D. Une quinzaine de personnes travaillent sur la mise en film des aventures du petit fantôme déclinées en 52 épisodes de 13 minutes, tandis que les « débonnaires et mignons » personnages de Bunny Maloney, qui compte le même nombre d’épisodes, occupe 80 personnes. Cette différence s’explique par le fait que l’ensemble des tâches, création, modélisation et animations des personnages …, sont réalisées sur place et non pas ailleurs par d’autres entités du groupe.
Hormis un noyau de 9 permanents, il est intéressant de noter que ces graphistes sont tous employés sous contrat à durée déterminée et qu’ils peuvent bénéficier du statut des intermittents. Ils sont engagés pour la durée estimée du projet, généralement 18 mois, et sont rémunérés à la journée même si, classiquement, ils sont mensualisés. Les rémunérations accordées par Antefilms Studio, et qui sont supérieures aux minimums préconisés par la profession, vont de 80 € la journée pour un animateur frais émoulu de l’école jusqu’à 130€ pour le superviseur. La relative insécurité de ces métiers est bien acceptée car la règle s’applique à tous.

Et si certains collaborateurs d’Antefilms Studio enchainent les contrats avec l’entreprise au gré des productions, la majorité en profite pour aller travailler pour d’autres sociétés de production. « Ils sont des nomades professionnels » souligne Jean-Marc Guillemoy, Directeur Général, qui ajoute « C’est une façon d’acquérir de nouvelles compétences, de se former à de nouvelles méthodes de travail ». Au-delà des contraintes quantitatives de production et de la maîtrise technique des outils, l’animation est aussi, surtout, une affaire de sensibilité artistique. Si les salariés sont bien entendu toujours soucieux de travailler, certains ne souhaiteront pas s’engager sur une nouvelle série si elle ne leur plaît pas, et c’est d’ailleurs le directeur Artistique du studio, Rénato, qui s’occupe du recrutement des collaborateurs à l’occasion des nouveaux projets.
L’activité de l’entreprise est directement liée à la signature de nouveaux contrats, ce qui prend environ 2 années entre les premières discussions et le bouclage des financements – une série de 52 épisodes de 13 minutes coûte environ 7 à 8 M€-. Elle n’est donc pas très prévisible, comme le confirme J-M Guillemoy : « L’avenir immédiat s’arrête en mars 2009. Nous avons bien sûr des projets, mais aujourd’hui je ne peux pas garantir à mes collaborateurs qu’ils continueront avec nous au-delà de cette date ». Si cette situation est connue et habituelle, le Directeur Général est néanmoins« attentif à maintenir une bonne ambiance car elle conditionne la qualité des images » et il prépare l’avenir.
Lors de notre visite, nous avons pu voir une démonstration du futur de l’animation : le relief. La séquence qui nous a été présentée s’affichait sur un écran spécial fabriqué par la société Alioscopy qui permet de voir sans aucun équipement complémentaire des images réellement en volume. Les personnages ont vraiment une épaisseur, la profondeur des décors est « palpable », les mouvements se font dans l’espace. Le tout sur un simple écran plat, sans lunette ni accessoire. L’effet est bluffant … Jean-Marc Guillemoy se dit très confiant dans l’avenir de ces technologies : « Les analystes prévoient que ces écrans seront disponibles pour le grand public d’ici une dizaine d’années … Moi, je pense que cela ira beaucoup plus vite, 5 ans. »
La disponibilité en masse de ce nouveau type de téléviseurs dépend d’une part de la décision des industriels de les produire à grande échelle mais également de l’implication des producteurs et diffuseurs de contenu. En ce qui concerne Antefilms Studio, ils sont déjà en train d’acquérir les outils et les compétences propres à ces nouveaux films en reliefs : « Si les fondamentaux sont identiques, il reste à apprendre les nouvelles règles d’optique et de scénarisation. Le relief nous offre un nouvel espace d’expression auquel nous devons nous adapter, sans abuser des effets spéciaux » indique Guillaume Jallot, Directeur Technique du studio, qui ajoute « Aujourd’hui nous découvrons et nous apprenons, ce qui prend du temps. Mon objectif est que le surcoût lié au relief ne dépasse pas 20% du budget ».