Charentes 

Martin Hirsch nous parle du RSA

Martin Hirsch, Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, a présidé une table ronde àJarnac (16) sur le « Revenu de Solidarité active  », appelé àcompléter le RMI et l’Allocation de Parent Isolé.
Employeurs et bénéficiaires sont ouverts au dialogue, reste a ce qu’il ne s’agisse pas d’un dialogue de sourds.

La solidarité, Martin Hirsch connaît pour avoir été le successeur de l’Abbé Pierre à la tête des « Compagnons d’Emmaüs », avant d’être le Haut-Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté du gouvernement Fillon.
On connaît l’art du Président pour offrir un poste honorifique à des opposants potentiels, mais Martin Hirsch apporte une véritable sincérité dans son engagement et peut légitimement penser pouvoir faire avancer la condition des plus nécessiteux par son action. Mais que pèseront ses initiatives, si sincères soient-elles, face aux réalités économiques (déficit du budget national, caisses vides et économies tous azimuts) ? Pour autant, notons que la mise en place du RSA, pour expérimentale qu’elle soit dans les 4 départements de notre région, semble devoir porter quelques fruits. Ne serait-ce que par le dialogue ouvert entre les différents acteurs sociaux professionnels (entreprises, associations, administrations, collectivités locales et territoriales) et les demandeurs.

Le Revenu Minimum d’Insertion, a pour but d’aider les plus démunis à se réinsérer dans la vie professionnelle. Sauf que, son montant, ajouté aux prestations familiales en fait une arme à double tranchant. Seul, il ne permet pas de vivre décemment et l’on voit les files s’allonger devant les distributions alimentaires. Ajouté aux autres prestations il donne alors un revenu supérieur aux salaires à minima des contrats à durée déterminée ou au SMIC, ce qui amène les personnes concernées à refuser l’emploi proposé puisque, compte tenu de la suppression du RMI et des frais de déplacement, de repas de midi, etc. le revenu mensuel retombe alors au-dessous du seuil de pauvreté (817 euros pour une personne seule). Le Revenu de Solidarité Active, imaginé par Martin Hirsch alors qu’il présidait « Emmaüs », se veut un revenu complémentaire de la rémunération, venant suppléer à la suppression du RMI et de l’API. Le temps que la personne qui a retrouvé un emploi se refasse une santé financière acceptable. Cette mesure est destinée tout autant à faire sortir les démunis de leur indigence qu’à aider à la résorption du taux de demandeurs d’emploi, sans que l’on soit obligé de les rayer des listes par des mesures coercitives. Martin Hirsch s’est attaché à rappeler que « Le RSA, c’est un contrat de travail » et qu’il doit donc être pris en compte comme tel par tous. Mais il ne s’agit pour l’instant que d’une mesure à l’essai et ne concernant que de petits secteurs. En Poitou-Charentes, les quatre départements de la région ont souhaité expérimenter le RSA, la table ronde de Jarnac avait pour but, de faire le point sur l’efficacité de la mesure et sur les dispositions à prendre pour que chacun des acteurs concernés y trouve son intérêt.

En Charente l’expérimentation concerne la commune d’Angoulême (zone urbaine) et le « Pays d’Horte et Tardoire » (zone rurale) représentant 550 foyers bénéficiaires sur une zone comportant à elle seule 2500 Rmistes (sur 5573 dans le département). Le but étant d’atteindre 1000 bénéficiaires, puisque toute personne en situation de retour à l’emploi peut prétendre au RSA. Lancée en novembre 2007, l’expérimentation se poursuivra sur 3 années au maximum. Elle est financée à 50 % par l’État le reste par le département. Le coût global est estimé à 1600 euros par personne dont 800 euros pour le département.

Durant les échanges de Jarnac, les idées ont fusé montrant que, si l’on prend la peine d’écouter les gens qui vivent au quotidien les aménagements proposés par les technocrates, les voies des vraies solutions sont ouvertes. Certes, tout n’est pas applicable et certaines intentions trouvent rapidement leurs limites, mais du moins y a-t-il de véritables tentatives de faire bouger les choses. Ainsi cet engagement de Leroy-Somer auprès de l’association ACII (Associative Charentaise d’Insertion Industrielle), dirigée par Isabelle Clerc, en lui donnant les moyens de former de bons techniciens de la métallurgie, sachant utiliser des outils modernes et aptes à intégrer efficacement les ateliers de la société mère ou d’autres. «  L’entreprise d’insertion doit pouvoir s’adosser à une grande entreprise qui lui apportera son soutien logistique et d’éventuels débouchés » déclarait Claude Henry, le P.D.G. de Leroy-Somer, qui notait que ACII est financée pour 1/4 par des subventions publiques et privées et pour les 3/4 par son travail.
Ainsi également la proposition d’une synergie de formation et d’emplois entre des sociétés d’un même secteur d’activité comme Vilquin, le constructeur de charpentes métalliques de Jarnac et la même Leroy-somer.
Par contre, le responsable du magasin Champion s’est fait recaler en proposant des stages de quelques jours pouvant déboucher sur des emplois de caissières dans son groupe, le débouché ayant paru trop aléatoire au public présent. Un public d’ailleurs venu en nombre puisque l’ensemble des 550 places de l’auditorium de Jarnac fut occupé par des personnes ayant à coeur de participer au débat. Martin Hirsch devait en souligner la qualité en affirmant avoir participé à la rencontre la plus passionnante qu’il ait suivie jusque-là.
Parmi les témoignages, celui de Fabien, titulaire d’un bac +5 avec formation de juriste qui, ne trouvant aucun emploi dans sa branche, doit recourir à des « petits boulots » pour arriver à survivre. « Les entreprises veulent des gens avec des l’expérience, mais les stages que nous effectuons en entreprises ne sont pas pris en compte dans nos acquis et ne valorisent pas notre expérience, alors à quoi bon multiplier des stages qui, en plus ne sont pas rémunérés le plus souvent ?  ».
Frédéric Rondinaud, le président du MEDEF de la Charente n’apporte pas de vraie réponse à ce problème précis, mais propose la création d’un groupement d’employeurs dont le but serait d’aider à l’insertion et plus encore à la réinsertion en limitant au maximum les effets des changements de réglementations.
Car il faut bien dire que l’accumulation des contrats aidés de tous types et de leurs modalités d’application n’aide pas à la bonne compréhension des mesures et ne facilite pas le travail des organismes et des personnes chargés de leur application. Le « Grenelle de l’insertion » est censé apporter des solutions, pas forcément neuves et de la clarté.
7 Mais Martin Hirsch aura-t-il véritablement les moyens de ses ambitions dès lors que les caisses de l’État sont vides ?