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Charentes
Dans les coulisses du Jeu des 1000 euros Diffusé depuis 1958 sur France Inter, l’inusable Jeu des 1000 euros était de passage en Charente-Maritime pour l’enregistrement d’une dizaine d’émissions. De Chérac à Nieul-sur-Mer en passant par Saint Julien de l’Escap, des centaines de candidats ont tenté leur chance pour décrocher le fameux « banco  ».
Originaires de Jonzac ou de La Tremblade, certains n’ont pas hésite à traverser le département pour assister à l’événement. Etudiants ou retraités, sans diplômes ou agrégés, ils étaient ainsi plus de 150 rassemblés dans la petite salle du foyer rural de Saint Julien de l’Escap, le 7 février, pour un rendez-vous historique avec le plus ancien jeu radiophonique de France : l’inusable Jeu des 1000 euros, animé depuis 1995 par Louis Bozon sur France Inter.
Trois émissions seront successivement enregistrées dans la soirée. Pour tenter sa chance, il suffit de monter sur scène, les neurones bien affûtés. Une quarantaine de lycéens et d’étudiants se présentent à la première sélection de candidats. « Le point culminant du Jura ? La capitale du royaume de Bahrein ? Le premier animal domestique ? » Les questions fusent sous la voix familière et chaleureuse de l’animateur. Une bonne réponse permet de continuer à jouer, tandis que les plus silencieux ou les moins rapides sont invités à regagner la salle. Pas le temps de reprendre son souffle, ils ne sont bientôt plus que six sur la petite estrade. « Un philosophe français mort en 2002 ? Le premier long métrage de Charlie Chaplin ? Qui a construit le premier télescope ? » Au terme d’une cinquantaine de questions et d’un premier quart d’heure éreintant, deux étudiants décrochent leur ticket pour l’enregistrement. « Place aux adultes ! » lance aussitôt Louis Bozon. Il y a cette fois plus de cheveux blancs parmi la cinquantaine de candidats qui se regroupent sur la scène. Seuls quatre d’entre eux sortiront indemnes de cette nouvelle rafale de questions tous azimuts. Derniers essais d’enregistrement : « banco, banco ! » crie la salle enthousiaste pendant que deux preneurs de son règlent les micros. Tout l’équipement matériel tient dans deux grosses caisses, au bas de la scène décorée d’une unique banderole « Jeu des 1000 euros ». Après avoir mené tambour battant la sélection des candidats, Yanna Pailleret, le cadre de production, peut enfin sortir son précieux métallophone à quatre lames : dans un silence complet résonne alors le célèbre « ding » « ding » du sablier sonore qui rythme le jeu depuis 1958. Cartes postales locales
Les choses sérieuses peuvent commencer, avec la traditionnelle présentation du village, dont Louis Bozon va livrer trois versions différentes dans la soirée. Toute l’histoire de Saint Julien de l’Escap va ainsi défiler dans ces cartes postales sonores où se mêlent les guerres de religion, les animations du foyer rural ou le séjour inspiré du romancier Maxence Van der Meersch. Marie-France, correctrice à Saintes, et Jacky, employé à Saint Jean d’Angély, piochent ensuite quatre enveloppes dans lesquelles sont formulées quelques unes des 40 000 questions bleues, blanches et rouges envoyées chaque année par les auditeurs. « Quel verbe utilise-t-on pour dire qu’un chameau s’accroupit ? Qu’est-ce qu’une statue céphalopode ? » Les réponses sont laborieuses. Un petit coup de pouce de Louis Bozon coupé au montage n’empêchera pas les deux candidats de chuter au banco, victimes d’Heinrich von Kleist, dramaturge allemande né en 1777. L’équipe de jeunes qui leur succède ne brille pas davantage, pourtant épargnée par les questions d’histoire ou de géographie. « Il leur faut des sujets très contemporains, parce que leur culture n’est plus la même », précise Louis Bozon. Malgré la bande de copains qui soufflent au premier rang, les deux étudiants de La Tremblade n’arriveront pas à mettre un nom sur ce spectacle de Roméo et Juliette revisité par Léonard Bernstein. « Vous avez brillamment chuté au super banco, commente Yann Pailleret en leur remettant un chèque de 50 euros. Et félicitations pour les économies que vous faites faire à Radio France. » Le ton change avec Bernard Pontel, conseiller municipal de Saint Julien, qui va coûter plus cher à l’émission. Au terme d’un sans faute, celui qui a invité Louis Bozon à Saint Julien de l’Escap décroche le super banco avec son équipier Maurice Larbre. L’honneur est sauf et la renommée acquise grâce à Henri Dunant et Frédéric Passy, qui ont obtenu le premier prix Nobel de la paix en 1901.Où sont les femmes ....
Il est 20 heures, la salle se vide après 1h30 de spectacle sans entracte. Sur scène, Louis Bozon dédicace les dictionnaires offerts aux perdants par Larousse et Robert Laffont, avant de goûter un verre de pineau. « Avec Internet, je reçois maintenant des questions du niveau de l’agrégation, confie-t-il. Je suis seul pour tout contrôler, ce qui demande un travail énorme. Le plus gros problème, c’est le manque de femmes. Si je laissais faire, on aurait que des hommes à l’antenne. » Cent villes et 300 émissions enregistrées dans l’année, une semaine sur les routes et deux semaines à Paris pour préparer la tournée suivante… Après cinquante ans d’existence, l’émission reste toujours la plus écoutée à 12h45. La recette du succès ? « Notre jeu se détourne des chimères à la mode, analyse Yann Pailleret, qui travaille sur le Jeu des 1000 euros depuis 1990. Malgré ses maigres moyens, il maintient l’esprit service public proche des auditeurs, de la culture et de la France. C’est aussi un échange de services gratuits entre les communes qui nous prêtent leurs salles, et à qui on ne demande rien pour venir. » Cette institution du paysage radiophonique français n’est pourtant pas éternelle. « On est à bout de souffle », confie le cadre de production. Tous les soirs, dans sa chambre d’hôtel, c’est lui qui monte les trois émissions de 12 minutes enregistrées quotidiennement. « S’il y a un problème, on peut toujours effectuer un raccord le lendemain dans la ville suivante, explique-t-il. Ce n’est pas une émission facile à faire, comme dans un petit studio. Nous enregistrons en extérieur, avec un public plus ou moins gérable. Nous avons une équipe réduite au plus strict minimum, ce qui m’oblige à faire tous les repérages au téléphone. On est rôdés, mais on a parfois des surprises en avançant tout le temps sur le fil du rasoir. » Dans ces conditions, difficile de faire évoluer le jeu en l’ouvrant sur l’Europe, ou y introduisant des questions sonores… Difficile de lui redonner une seconde jeunesse, au risque de laisser un jour mourir d’épuisement la poule aux œufs d’or de France Inter. |
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