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Charentes
Les deniers des cultes La campagne 2008 du denier du culte vient de commencer pour l’Eglise catholique, qui ne vit, comme toutes les autres religions, que par les offrandes de ses fidèles. Salaires, retraites, déplacements, entretien des bâtiments… comment les différents cultes du département font-ils face à leurs frais de fonctionnement ? Enquête sur les finances locales des quatre principales religions représentées dans la région.
Depuis 1905 et la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, le fonctionnement matériel des différentes églises de France n’est assuré que par le versement régulier d’offrandes de la part des fidèles. L’Etat n’intervient pas. Il encourage seulement les dons et les legs par des déductions d’impôt ou l’exonération totale des droits de succession. Comment se manifeste cette générosité des fidèles dans le département ?
Un don moyen de 129 euros pour les catholiques
En France, l’Église catholique assure près de 80 % des funérailles, la catéchèse pour un tiers des petits français, et célèbre plus d’un mariage sur deux. Elle emploie 30 000 personnes, dont environ 18 500 prêtres, dans une organisation très décentralisée : chaque diocèse possède en effet son autonomie de gestion, comme chaque paroisse au sein d’un diocèse. En 2003, les recettes des 95 diocèses du territoire se sont élevées à 446 millions d’euros, provenant des dons (188 millions d’euros), des quêtes aux messes dominicales (134 millions d’euros) et des offrandes faites pour les messes et les cérémonies (124 millions d’euros). En Charente-Maritime, le diocèse catholique de La Rochelle et Saintes rassemble 48 paroisses et compte près de 11 000 donateurs. Le montant des dons est stable, bien que le nombre des donateurs diminue : il s’élève à 129 euros en moyenne, et permet de rémunérer 119 prêtres ainsi que 50 animateurs pastoraux laïcs. « Prêtre ou évêque, tout le monde gagne la même chose, soit à peu près le salaire minimum », précise le père Guillochet, à l’évêché de la Rochelle. Le personnel de l’Eglise bénéficie toutefois d’avantages en nature, comme le logement au presbytère, le chauffage, l’électricité, l’assurance ou le remboursement des frais kilométriques et cela jusqu’à 75 ans, l’âge de la retraite pour les curés. Quand ils ne restent pas dans leur presbytère, certains vont alors à la maison de retraite du clergé, à Saintes. Le diocèse doit également payer des impôts fonciers sur les bâtiments religieux (presbytères) et sur la dizaine d’églises du département construites après 1905, à Villeneuve les Salines ou la Rochelle. Les plus anciennes appartiennent aux communes ou à l’Etat quand il s’agit de cathédrales. Quand aux églises romanes, elles font toutes partie du patrimoine national. Du côté des recettes, l’église ne fixe pas de tarif pour un enterrement, un baptême ou un mariage. « Il y a une incitation à verser une offrande, de l’ordre de 100 euros pour un mariage » précise le père Jean-Pierre Samoride, 64 ans, curé de la paroisse de Saintes rive gauche et vicaire général. La vente de cierges ou de cartes postales complète aussi le budget de la paroisse, dont un quart est reversé au diocèse. « Cela nous permet de compléter le traitement des prêtres et des animateurs pastoraux, d’aider les paroisses plus pauvres ou de réaliser quelques grands travaux, comme dans ce presbytère mangé par les termites à Angoulins sur mer » énumère le père Guillochet. « Comme dans toutes les religions, nous avons aussi quelques héritages, ajoute-t-il. La plupart du temps, c’est un prêtre qui donne ce qui lui reste à la fin de sa vie. » Au final, l’Eglise ne peut compter que sur ses fidèles pour équilibrer les comptes. « Avec des recettes de 157 000 euros pour des dépenses de 140 000 euros, nous dégageons même parfois un petit bénéfice », indique le père Samoride, dont la paroisse a reçu 38 300 euros de quêtes en 2007. Une partie de ces fonds a permis d’alimenter une caisse diocésaine pour venir en aide aux petites paroisses rurales ou à celles, en voie de désertification, du sud du département. « C’est une solidarité qui joue et fonctionne bien » résume le père Samoride. Les protestants, moins nombreux mais plus généreux Parmi les 22 unions d’Eglises que compte la Fédération protestante de France, l’Eglise réformée est la plus ancienne, mais aussi la plus représentée dans le département et la région. Au début du 19ème siècle, on dénombrait ainsi 18 000 protestants sur les 400 000 habitants de la Charente Inférieure. Ils ne sont plus aujourd’hui que 4000 en Charente-Maritime à solliciter de manière régulière ou ponctuelle les services des 9 associations cultuelles (paroisses) et des 7 pasteurs réformés du département. A l’instar de Dina Rajohns, 28 ans, née à Madagascar et en poste à Cognac et Segonzac depuis 2003, certains d’entre eux sont des femmes, comme un tiers des 440 pasteurs de l’Eglise réformée en France. Propriétés des communes ou des paroisses, les 47 temples réformés de Charente-Maritime ne sont donc pas tous occupés par une communauté. « On organise le culte en fonction de la demande », précise le pasteur Marc Coumont, 62 ans, dont la paroisse de Saintes et du sud Saintonge (Cozes, Gémozac, Pons) rassemble 350 foyers protestants. « Il n’y a pas d’automatisme » ajoute-t-il. « Le culte ne se déroule par exemple qu’une fois par an à Mortagne, où il n’y a qu’un seul foyer protestant connu. Certains sont réactivés l’été avec les populations estivales. ». Dans le département, seuls 840 foyers participent à la vie financière de l’Eglise, avec un don moyen de 330 euros par an. « Le nombre de foyers cotisants baisse, mais le montant des dons augmente, ce qui risque de créer un goulot d’étranglement », s’inquiète Valérie Mitrani, présidente du Conseil régional de la région ouest de l’Eglise réformée. Le pasteur ignore tout de la contribution de ses paroissiens, qui ne concerne en fait que le trésorier de chaque association cultuelle. « Je n’ai ainsi pas plus d’égards pour les gros cotisants que pour les petits, souligne Marc Coumont. Les protestants ne sont pas plus riches ou pauvres que les autres. Leurs offrandes sont peut-être plus élevées que celles des catholiques, parce qu’une minorité donne toujours plus pour exister. » L’essentiel des fonds récoltés sert à payer les pasteurs, qui perçoivent tous le même traitement : 957 euros nets par mois, auxquels s’ajoute une prime d’ancienneté de 1% par an, ainsi qu’un supplément pour les enfant à charge. Salariés affiliés au régime général de la Sécurité sociale, ils bénéficient d’une mutuelle, d’un logement de fonction et de la prise en charge des fluides (eau, électricité, chauffage, essence). « Un pasteur n’est pas smicard, résume le pasteur et aumônier à la base militaire de Saintes. Il gagne environ deux fois le salaire net. » A 65 ans, un pasteur à la retraite percevra toutefois une pension supérieure à son salaire, pour compenser la perte du logement. Hommes ou femmes, la plupart d’entre eux sont mariés, avec des conjoints qui travaillent, ce qui facilite aussi le problème du logement à la retraite. A Royan, trois pavillons devraient toutefois être construits sur un terrain légué à l’Eglise réformée pour loger les pasteurs à la retraite, avec un loyer calculé au pro rata de leurs ressources. En progression de 2,25% en 2008, le budget de la paroisse de Saintes s’établit au final à un peu plus de 30 000 euros en 2008. Il s’élève à 57 000 euros à Royan, à 65 000 euros à La Rochelle et à 320 000 euros pour tout le département de Charente-Maritime. En moyenne, un poste de pasteur revient ainsi à 40 000 euros par an à l’Eglise réformée. « Au-delà de cette limite, les surplus sont affectées à la solidarité pour faire vivre les paroisses sur tout le territoire, même là où l’on trouve peu de protestants comme en Bretagne », explique Marc Coumont, qui officie à Saintes depuis 2005 après avoir servi dans le Sud du Poitou, à Nantes, Clermont-Ferrand et Brest. A La Rochelle, la seule synagogue du département fête ses quarante ans
La Charente-Maritime ne compte qu’un seul lieu de culte israélite : la synagogue de la Maison communautaire israélite, située Cours des Dames à La Rochelle, qui va fêter au printemps son quarantième anniversaire. Son rayonnement dépasse les limites du département, puisque les juifs du sud des Deux-Sèvres, du sud de la Vendée ou de l’ouest de la Charente s’y retrouvent pour les grandes fêtes religieuses. « A cette occasion, un rabbin se déplace alors de Paris ou de la grande synagogue de Bordeaux, qui nous aide à chaque fois que nous avons besoin d’une autorité religieuse », précise Jean-Claude Touati, le président du centre communautaire depuis 2002. Le reste de l’année, le culte se déroule sous la direction bénévole d’un civil officiant, dans la petite salle de prière qui peut accueillir jusqu’à soixante personnes.Rattachée au Consistoire central de France, l’association a peu de frais, hormis ceux liés à l’entretien du bâtiment. « Nous sommes tous bénévoles, résume M. Touati. Nous n’avons pas de salarié à l’exception de la femme de ménage payée en chèques emploi service. » Comme toutes les autres églises, l’association tire ses ressources des dons que lui font entre 130 et 140 familles juives de la région, en grande majorité originaires d’Afrique du Nord. Grâce à elles, 40 000 euros ont pu être réunis sur trois ans pour financer les travaux nécessaires à la rénovation de la maison communautaire. La cotisation annuelle à l’association ne coûte de son côté que 60 euros. « Nous ne sommes pas aussi nombreux qu’on pourrait le souhaiter, regrette Alain Tordjman, administrateur de l’association. Certains donateurs ne viennent jamais, mais ils restent solidaires d’une entité. Dans notre monde individualiste, notre communauté souffre elle aussi d’un certain manque de cohésion. Mais nous continuerons quoi qu’il arrive à maintenir une flamme. » 170 euros de cotisation par an pour les Musulmans
En dehors de la pratique privée de leur religion, les musulmans de Charente-Maritime n’ont longtemps disposé que d’un seul lieu de culte : la mosquée de La Rochelle, où se retrouvaient également des fidèles de Vendée ou des Deux-Sèvres. Deux nouvelles salles de prière ont récemment ouvert à Rochefort et à Royan. La communauté musulmane de Saintes n’a de son côté pas encore de lieu consacré, ce qui incite ses membres à se rendre à Cognac pour les grandes fêtes religieuses comme le Ramadan ou la fête de sacrifice. Au total, « il nous est arrivé de rassembler jusqu’à 700 personnes, quand nous avons loué un hangar sur le parc des expositions à La Rochelle », précise Ahmed Mih, 52 ans, président depuis trois ans de l’Association culturelle et islamique de la Charente-Maritime. L’association participe à la rémunération d’un imam à La Rochelle. « Il touche le Smic parce qu’on ne peut pas faire mieux », regrette M. Mih. Son salaire est payé par les cotisations des fidèles, dont le tarif à a été fixé à 170 euros par an. Pendant l’hiver, l’association organise également une distribution gratuite de couscous aux personnes défavorisées, tous les samedis midi, quai Maubec à La Rochelle. « Quand nos finances sont à sec, nous faisons simplement appel aux fidèles qui nous aident en fonction de leurs moyens », ajoute M. Mih, également aumônier musulman à la prison de Saint-Martin. Alors que les communautés catholiques juives ou protestantes souffrent du vieillissement de leurs fidèles, la jeunesse musulmane semble plus concernée par la religion. « La mosquée n’est pas toujours pleine, mais la jeune génération continuera sa tâche avec sérénité, comme les anciens, et de mieux en mieux, analyse M. Mih. Ils sont nés en France et n’ont pas cette barrière de la langue ou de la culture, qu’ont pu connaître leurs parents. Ils sont bien intégrés. Ce sont maintenant des enfants du pays. » |
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