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Lippi Clôture : la jeune génération imprime sa marque

Les deux fils d’un des deux frères fondateurs de l’entreprise veulent développer l’activité, mais avec de nouvelles méthodes. Les relations sociales dans l’entreprise seront basées sur la confiance et l’autonomie, mais sans négliger les résultats.

La société Lippi, installée depuis un peu plus de 35 ans à Mouthier sur Boheme, est l’un des grands spécialistes français de la clôture métallique. Grillages, poteaux, portails, ... sont les principaux produits fabriqués par l’entreprise et ses 350 collaborateurs répartis sur 5 sites.
L’entreprise adresse 3 marchés distincts. Les personnes privées, dont les besoins sont principalement de délimitation. Les entreprises qui veulent protéger et sécuriser leurs biens. Et enfin les équipements d’infrastructures, type antennes de télépho-nie mobile, aéroports ou autoroutes. Chacun ayant des demandes et des contraintes particulières : prix, durabilité, logistique et installation,... Tous aspects auxquels Lippi s’efforce de répondre en adaptant ses produits et en développant de nouvelles solutions. Aide à l’acte d’achat pour les particuliers, dans les enseignes de la grande distribution. Développement de nouveaux produits et adaptation de l’existant aux nouvelles demandes. Intégration des normes en vigueur pour les professionnels. Et bien sûr, création d’installations originales avec dépôt de brevets, comme par exemple à l’occasion de l’équipement du stade de France à St Denis. Bref, la société Lippi Clôture s’efforce de coller à la demande pour continuer à croître comme elle a su le faire depuis 1963, année de sa fondation. Ainsi, depuis 1998 le chiffre d’affaire est passé de 23 M. euros à 50,5 M. euros en 2006 (avec un résultat de 1,068 M. euros, derniers chiffres publiés). Sur la même période l’effectif augmentait de 154 collaborateurs à 350 aujourd’hui.
Mais un succès de plus de 40 ans n’empêche pas d’être confronté aux évolutions et souhaiter évoluer.

Pris dans la violence du marché

Car deux grands changements interviennent dans l’horizon de l’entreprise : le marché change considérablement et Frédéric et Julien Lippi, les deux fils de l’un des deux fondateurs qui viennent d’être nommés Directeurs Généraux, forment des projets.
L’activité métallurgique est confronté depuis plusieurs années à de profonds bouleversements comme l’indique Frédéric Lippi : « Le marché est violent, il se contracte et il y a de nouveaux entrants. Nous sommes pris en étaux comme jamais depuis 30 ans ».
Le changement le plus important est sans conteste l’augmentation du coût de la matière première qui a augmenté de 50% en 3 ans, tandis que les prix n’ont pu être revalorisés que de 4% en moyenne.
Mais la filière est également prise dans le mouvement général de la mondialisation, et donc de disparition de bon nombre d’acteurs locaux. Ainsi, alors que l’on comptait il y a une vingtaine d’années une centaine d’entreprises du secteur en France, ils ne sont plus que 10 aujourd’hui. Avec pour corollaire que les survivants doivent accroître leur surface pour atteindre une taille critique. Et optimiser leurs outils de production pour rester dans la course. Course dans laquelle ils sont maintenant en compétition avec de nouveaux entrants qui viennent d’Espagne, d’Europe du Nord, des pays de l’Est. Sans négliger que les faiblesses de la monnaie américaine et du yuan facilitent l’arrivée des industriels de la zone dollar et des chinois. Pour conserver sa place de leader, Lippi Clôture a su au fil du temps changer son organisation et adapter ses processus et outils de travail. L’entreprise est passée entre 1975 et 1988 de l’artisanat à l’industrie, puis de 1989 à 2000 Lippi a modifié son approche produit et a évolué du grillage (fils tressés) à la clôture (grillage, poteaux, portails, fermetures...).
La dernière grande réorganisation, opérée depuis 2005 et toujours en cours, est le passage d’un modèle de production stockée à une logique de flux tiré. Qui s’accompagne évidemment d’une réduction des délais de production passés de 24 à 12 jours. En amélioration constante... Mais comme le relève Frédéric Lippi « Le rythme des changements et des adaptations s’accélère ».
Il n’est donc pas question de lever le pied, surtout que les nouveaux DG entendent imprimer leur marque.

Militants mais résolument dans l’action


L’adaptation des méthodes de production, initiée avant l’arrivée des deux frères et continuée par eux, s’accompagne d’une évolution du management dans l’entreprise. Imaginée, décidée et mise en œuvre par la jeune direction opérationnelle, la nouvelle politique devrait déboucher sur de nouvelles conditions de travail pour l’ensemble des collaborateurs, pour leurs familles. Et pourquoi pas pour le reste du Monde.
Cette affirmation, qui peut sembler surprenante voire stupéfiante dans le monde actuel, est clairement revendiquée par les deux frères. « L’entreprise a toujours souhaité avoir un fort ancrage local, nous avons toujours porté une grande attention aux collaborateurs, à l’environnement, aux autres » affirment-ils avec une certaine fierté et d’ajouter « Nous avons installé notre propre station d’épuration voilà 10 ans, nous réduisons nos consommations, nous utilisons des éco- emballages ». Et la politique qu’ils souhaitent développer ne déroge en rien à ces principes, au contraire. « Nous croyons en l’Homme, et nous voulons offrir à nos collaborateurs la possibilité de tirer un profit personnel du temps qu’ils passent dans l’entreprise » indique Julien Lippi. Et Frédéric Lippi d’ajouter immédiatement « Nous sommes militants dans l’âme mais nous nous plaçons résolument dans l’action ». Humanistes donc, mais les pieds sur terre. Les Lippi n’oublient pas la réalité économique !
Pour améliorer les conditions de travail – nous serions même tentés de dire les conditions de vie au travail, les Directeurs Généraux ont choisi la voie de la « bienveillance ». Le principe est de responsabiliser au maximum les collaborateurs en leur accordant confiance et autonomie. « Nous voulons passer d’un modèle directif à un modèle participatif » indique Frédéric Lippi qui ajoute « Ce qui se fera de façon directive... La confiance s’accorde a priori et se confirme ou s’infirme sur la durée ». Cette nouvelle orientation, cette vision, des relations humaines dans l’entreprise a bien entendu été présentée aux cadres et elle descendra progressivement vers tous les employés, au fil du temps. Les deux frères sont bien conscients que leur récente arrivée dans l’entreprise a été bien perçue par le personnel. Elle s’est faite en douceur et avec l’aval et l’accompagnement des fondateurs, Jacques et Bernard Lippi, leur père et oncle. « Le nom de Lippi provoque une attente favorable » note Julien qui ajoute « Mais ce genre de politique ne se décrète pas, elle se démontre ». C’est donc sur la durée, par d’incessants efforts de dialogue et de proximité avec les collaborateurs que les nouveaux directeurs espèrent changer doucement et durablement les relations de travail. Et donc le travail lui-même. Mais ils gardent quand même la tête froide et la conscience des réalités : « Le dernier marqueur qui nous permettra de juger du succès est la réussite économique qui seule nous permettra de poursuivre dans la voie choisie ».