Entretiens 

Gallic Guyot, Tourisme et Internet àLa Rochelle

Sans renier sa formation d’ingénieur, ce breton originaire de l’ile de Groix, se revendique aujourd’hui professionnel du e-tourisme. Pour lui, la technologie n’est qu’un moyen ; et pour naviguer entre les mondes de l’informatique et du tourisme, il délègue volontiers les détails pratiques àses SSII prestataires.

charentes-info.com : Votre cursus en mathématiques et un diplôme d’ingénieur en TIC ne vous destinait pas à devenir un professionnel du Tourisme …
Gallic Guyot : C’est là toute la magie du métier de chef de projet. Il faut être capable de dépasser ses compétences techniques pour acquérir celles propres au secteur dans lequel vous travaillez.
Lorsque j’ai débuté au Comité Départemental du Tourisme en 98, j’avais un rôle de référent technique. Dans un contexte de mise en réseau et de mutualisation de bases de données, ma mission était d’assurer l’interface entre utilisateurs et prestataires. C’était essentiellement un travail de reformulation et d’animation qui nécessite que l’on apprenne les concepts et le vocabulaire d’un métier pour les traduire en termes plus techniques. Et inversement.

ci : Comment évolue-t-on d’un métier technique à celui de responsable de service / chef de projet ?
G G : Il faut savoir ne pas se focaliser sur les aspects techniques et être beaucoup à l’écoute des utilisateurs, des partenaires. Il y a une grande similitude avec les mathématiques. Vous recevez un certain nombre d’informations, vous connaissez les règles, les outils et les objectifs… et vous êtes devant une feuille blanche. A vous de trouver une solution qui réponde à l’énoncé et satisfasse aux contraintes de l’art. Un projet informatique n’est de ce point de vue pas différent d’un problème de maths. Avoir appris la rigueur avec les mathématiques m’a été d’une grande aide.
Et puis chaque projet apprend quelque chose, oblige à revoir ses méthodes ou affiner ses procédures. Ensuite, c’est aussi une question de pertinence et d’intérêt pour son environnement.

ci : Vos utilisateurs sont des Offices du Tourisme, des hôteliers, des loueurs … Les NTIC ne sont pas leur préoccupation principale. Comment les intéresser ?
G G : Tous nos projets visent à leur permettre de partager l’information pour être plus efficaces. La technologie n’est qu’un moyen, le plus discret possible, d’atteindre cet objectif. Bien sûr, il faut savoir imposer avec diplomatie les choix techniques ou fonctionnels que l’on fait.
Nos projets concernent et impactent potentiellement plus de 2.500 partenaires, Il n’est donc pas possible de satisfaire tout le monde d’entrée de jeu. Il faut prendre en compte la résistance aux changements et tempérer les oppositions en « modernes » et « anciens ». Nous avons toujours été très attentifs à ne pas casser l’existant, nous enquêtons régulièrement auprès des utilisateurs et nous faisons l’effort de parleur leur langage. Alors les évolutions que nous proposons sont plutôt bien ressenties.

ci : Il est facile de convaincre un office de tourisme ou autre partenaire qu’il doit trouver du temps pour remplir des formulaires en ligne ?
G G : Si vous avez une vision claire du projet et de son architecture technique et fonctionnelle, et que vous savez l’exprimer en termes métiers, oui il est assez facile de convaincre.
Il faut aussi savoir s’appuyer sur votre légitimité, sur le fait que vous êtes à leur service. Et si dans certains cas avoir potentiellement 2.500 interlocuteurs est lourd, cela offre un effet de masse intéressant. Quand le projet commence à être accepté par quelques uns, les autres suivent plus facilement.

ci : Malgré l’intitulé de votre fonction, et votre formation, on a l’impression que vous ne faites plus beaucoup d’informatique …
G G : Pour reprendre l’expression habituelle, oui j’ai effectivement moins les mains dans le cambouis. Le service internet du CDT s’est enrichi de nouvelles compétences : webmaster/webmarketer, webmaster éditorial, chargée de mission.
Il m’appartient d’avoir une bonne vision générale de la technologie et une perception précise des enjeux touristiques. Il reste indispensable que je comprenne les SSII ou les agences Web avec lesquels nous travaillons.
Lorsque nous avons décidé, en 2006, d’être présent sur Internet j’ai dû préalablement monter en compétences sur ces technologies. Je me suis notamment auto-formé pour comprendre ce qu’était J2EE ou PHP/Apache, ou les aspects fonctionnels d’un site. Mais sans tomber dans le piège de devenir un expert. Quand je travaille sur un projet et que je rédige un appel à proposition pour les sociétés de services, je formalise la demande à l’aide de schémas, sans rentrer dans le détail des structures de base de données ou des API. Je reste convaincu que la bonne expression des besoins permet de s’affranchir des aspects techniques, qui seront résolus par les prestataires.

ci : Aujourd’hui vous exploitez un réseau de partenaires qui alimentent 30 sites Internet. Quelle est la prochaine étape ?
G G : Nous avons de bons outils de collecte d’informations mais nous ne les exploitons pas assez. Dans nos bases de données, nous avons environ 800.000 prospects qualifiés.
Le projet que nous débutons sera foncièrement orienté CRM. Notre objectif est la mise en œuvre d’une plateforme e-tourisme mutualisant quatre bases de données principales : informations touristiques, offres commerciales, prospects/clients et contenus. Il nous faut développer un outil pour anticiper les changements de comportement des touristes : 7 internautes sur 10 préparent leur séjour et 4 sur 10 le réserve sur Internet. Et nous allons nous approcher très près des aspects commerciaux et financiers qui concernent nos partenaires utilisateurs. Nous devons être attentifs à ne pas empiéter sur leurs prérogatives tout en offrant des services pertinents et utiles aux internautes, ainsi qu’à se positionner comme un apporteur d’affaires pour les professionnels locaux.