Vert 

"Pétrole vert àla Rochelle"
L’anaylse de Céline Alléaume

Lancement de la production de biodiesel àLa Rochelle àpartir de 2008 : une goutte d’eau dans un océan de biocarburants ?
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Le projet bien ficelé de SICA Atlantique, l’engouement des politiques…
A partir de 2008, le Port de La Palice à La Rochelle abritera une usine de production de biodiesel à partir d’un procédé innovant reposant sur la valorisation de graines entières de colza ou tournesol et d’éthanol. Opérée par la société SICA Atlantique, deuxième silo français à l’export de céréales et oléagineux, le plan de production de l’usine de biodiesel démarrera modestement à 10 000 tonnes an et espère atteindre un objectif de 60 000 tonnes à l’horizon 2010. Cofinancée par les investisseurs privés à hauteur de 14 millions d’Euros et par l’Etat, la Région Poitou-Charentes et le Conseil Général de Charente-Maritime à hauteur de 6 millions d’Euros, le projet permet d’associer une quarantaine de coopératives agricoles et négociants en grains, répartis sur tout le Poitou-Charentes et six départements limitrophes, pour l’approvisionnement en colza et en tournesol.

A première vue, l’aboutissement de ce projet avait tout pour déclencher l’autosatisfaction de nos représentants territoriaux qui, de droite comme de gauche, auront su rivaliser de malice pour tirer leur épingle du jeu. En 2004, c’est Ségolène Royal qui décrochait la première en annonçant le dégagement par la Région de subventions faramineuses, finalement jamais octroyées. Au dernier Salon de l’Agriculture, c’est Dominique Bussereau qui reprenait la main en se réservant l’annonce de la délivrance de l’agrément de l’Etat. Toutefois, il convient d’apporter quelques pondérations à l’engouement général. Si la centaine d’emplois annoncée sur site n’est pas négligeable, ils ne sauraient justifier à eux seuls le niveau des investissements publics engagés. En outre, les productions oléagineuses seront essentiellement issues de la Vienne. Les retombées pour les Charentes resteront donc marginales à court terme. C’est pourquoi il convient également d’apprécier l’agrément donné par l’Etat français à ce projet à la lumière du retard considérable pris par la France dans la structuration de sa filière biocarburants et ses conséquences possibles en matière de retombées économiques locales.

Ne nous voilons pas la face, la France a pris du retard dans la structuration de sa filière biocarburants et les orientations retenues sont aujourd’hui questionnables et questionnées. Dans le cadre des engagements de réduction des gaz à effet de serre pris lors des accords de Kyoto, l’Union européenne s’est notamment donnée pour objectif de hisser l’incorporation de carburants verts (éthanol ou Diester) dans les carburants fossiles classiques (essence et diesel) à hauteur de 2% en 2005, 5.75% en 2010 et 20% en 2020. Or, la France n’est pas assurée de pouvoir tenir cet objectif. Le Plan Biocarburants 2008-2010 dans le cadre duquel s’inscrit l’usine de biodiesel de La Rochelle, comme celle portée à l’échelle du Poitou-Charentes par Centre Ouest Céréales à Chalandray (86), vise la production supplémentaire de 700 000 tonnes de Diester et de 250 000 tonnes d’éthanol. Au moins trois obstacles majeurs pourraient empêcher de corriger notre trajectoire nationale : la perte de notre statut de leader du marché européen dans un marché mondial dominé par le Brésil et les Etats-Unis, le nombre de pompes de biodiesel réellement disponibles sur le territoire français et l’absence de compétitivité du biodiesel à la pompe face au gazole classique.

… et la réalité des carences de la filière biocarburants en France Nous ne sommes plus leader en Europe en matière de biocarburants alors que nous étions des précurseurs il y a quinze ans en lançant la production de diester et d’éthanol. Depuis 2001, l’Allemagne est devenue le premier producteur européen de biodiesel. Et du côté de l’éthanol, la France est aussi reléguée au second rang, derrière l’Espagne, qui développe fortement cette filière depuis trois ans. Les raisons de ces bouleversements sont principalement politiques. Alors que le frein majeur au développement des biocarburants reste leur coût, la mise en place d’une défiscalisation est importante, ce qu’ont très bien compris l’Allemagne et l’Espagne, dont les gouvernements proposent des réductions de taxes conséquentes.

Ensuite, le développement des pompes à biodiesel en stations a pris beaucoup de retard. Si l’ensemble du cadre législatif a été fixé fin 2006, le texte officiel régissant l’encadrement technique des stations-service n’a été publié que le 2 mars 2007. Et l’administration française, désormais débordée, ne parvient pas à délivrer les agréments. Enfin, le lancement de biodiesels à la pompe pose le problème de leur compétitivité vis-à-vis du gazole classique. Qui est concerné en France ? Plus de 70% du parc automobile français sont composés de voitures Diesel. Mais même à 70 dollars le baril, le gazole reste plus compétitif que le bioéthanol qui induit une surconsommation de l’ordre de 30 % par rapport à un carburant classique. Donc à moins que l’argument écologique ne fasse la différence, nous serons très peu nombreux à consommer du bioéthanol au moment de faire le plein de nos voitures.

Enfin, du point de vue purement économique, trois obstacles majeurs pourraient freiner le développement des biocarburants. D’abord leur coût de production, qui est supérieur à celui des carburants fossiles. Il faudrait en théorie que le baril de pétrole soit au-delà de 80 dollars pour que les carburants verts trouvent leur marché. Nous n’y sommes pas et c’est pour cela que les pays européens doivent s’employer à réduire les coûts de production des biocarburants comme le font déjà le Brésil et les États-Unis. Ces deux géants y arrivent notamment grâce à une matière première plus compétitive et des usines de très grande capacité permettant des économies d’échelle. Les orientations de la France sont bien différentes à ce stade. Autre problème, la disponibilité des ressources : le développement des biocarburants entraîne une concurrence avec la filière alimentaire pour l’usage des terres. Enfin, le troisième obstacle est la formation importante de co-produits, qui risquent de voir leurs débouchés se saturer, aux dépens de notre secteur agricole. Afin de contourner ces problématiques, nombreuses sont les voies qui se lèvent aujourd’hui pour envisager l’utilisation d’une nouvelle forme de production, à partir de bois ou de paille. Formulons nos meilleurs vœux aux biodiesels français produits à partir de nos champs de colza, blé, tournesols, etc. et souhaitons que la France ne laisse pas passer le wagon des formidables promesses de sa filière bois.

Céline Alléaume
Bureau Politique National UDF MODEM
Animatrice UDF MODEM Charente-Maritime
www.celine-alleaume.com