Samuel Rollin, impliqué depuis de nombreuses années dans le domaine artistique, est parti d’un constat très simple. D’un coté se trouve une foultitude d’artistes qui cherchent à exprimer leurs talents, et de l’autre un ensemble de demandeurs de spectacles (communes, association, entreprises, …) qui ne savent pas vraiment ni où s’adresser ni comment procéder. Bien sûr, il existe déjà de nombreuses structures institutionnelles qui disposent de ressources dédiées. Mais, constate Samuel Rollin, « Il y a à la fois des redondances de compétences et une absence d’échanges transversaux. Le système n’est pas efficient ». Son objectif est donc de coordonner l’ensemble, d’agréger les moyens,
d’établir des passerelles pour équilibrer l’offre et la demande. Une vraie prestation de service.
Deux grands chantiers
Ce projet, qui en est à ses tous débuts, se décline en deux grands chantiers. D’une part, il est indispensable de recenser l’ensemble des prestations disponibles et dans tous les domaines artistiques. Et d’autre part, il faut mener des actions d’information sur le terrain afin de faire connaître l’association Artistes & Cie, mais aussi prévoir et imaginer des tournées et des événements.
En s’appuyant sur son carnet d’adresse bien remplit et en jouant sur le bouche à oreille, Samuel Rollin espère fédérer bon nombre d’artistes, de toutes disciplines, qu’ils soient professionnels ou amateurs. Son outil principal sera un site Internet sur lequel chacun disposera d’un espace de présentation de ses compétences et, pourquoi pas, de ses disponibilités et tarifs. « Il faut à la fois que les artistes exposent leur savoir-faire et que les demandeurs puissent se rendre compte de ce qui leur est offert, proposé » indique Samuel Rollin qui précise « Internet est idéal car tout le monde peut y accéder ».
Mais la création et l’animation de ce site ne seront pas suffisantes. Samuel Rolin estime qu’il doit également être sur le terrain, très proches de ceux qui sont –aujourd’hui ou demain- en recherche de spectacles et d’animations. Créer un tel réseau urbain et rural est indispensable, même si c’est un travail de longue haleine, car cela permettra d’appréhender les contraintes des associations, de connaître les salles de spectacles et les lieux d’exposition.
« Pour conseiller efficacement sur tel ou tel manifestation, il faut connaître les ressources dont dispose l’organisateur. Quelle salle, quel équipement, quelles ‘bonnes volontés’ sont disponibles ». C’est un travail de longue haleine, Samuel Rollin se donne une année, riche de rencontres et d’enseignements.
Apporter jusqu’à 50% du coût d’un spectacle
En parallèle, Artistes et Cie se fera connaître et reconnaître des différents bailleurs de fond (Départements, Région, …) et se positionnera comme intermédiaire, comme facilitateur, lors de la constitution des dossiers de subvention. Car, il faut savoir que les budgets « institutionnels » dédiés au financement de l’art sont souvent excédentaires. Faute d’avoir pu trouver le spectacle ou l’artiste recherché –ou par ignorance- les organisateurs ne demandent pas de subvention … qui peut pourtant atteindre jusqu’à 50% du coût total.
Analyse …
L’idée nous paraît séduisante. Bon nombre de structures ont la volonté d’organiser des animations mais faute de compétences et/ou de temps, ces projets au départ sympathiques deviennent vite un gros problème … quand ils ne sont pas simplement abandonnés. De ce point de vue, disposer d’un intermédiaire professionnel qui va non seulement graisser les rouages mais en plus faire baisser de moitié les coûts est un réel service qui va intéresser pas mal de monde.
Ce concept ne va pas rendre service uniquement aux communes et autres associations. Les artistes eux-mêmes devraient apprécier la prestation. Ils ne font en effet pas (tous) réputés ni pour leur sens des affaires ni pour leur fibre commerciale. Et pourtant, ils ont eux aussi besoin de se vendre.
La difficulté que nous voyons est celle du financement. Essentiellement dispensés par les institutions, les budgets dédiés à l’Art n’existeront peut être plus demain. Entre nouveaux besoins des populations, augmentation des coûts liés à la décentralisation et impossibilité d’augmenter « indéfiniment » la ponction fiscale, il est à craindre que les budgets sur lesquels s’appuie Samuel Rollin se réduisent fortement dans les temps à venir.
Notre coordinateur artistique s’appuie sur un rapport parlementaire (Rapport parlementaire de la délégation à l’aménagement du territoire – Juin 2006) pour déduire : « La volonté politique de développer l’action culturelle sur le territoire rural me semble notamment être au centre du débat » .
Certes.
Samuel Rollin précise également « Les budgets existent en matière culturelle mais ils ne sont pas nécessairement bien répartis (comme le reste d’ailleurs) et certains concernent des actions très élitistes ».
Soit, mais quand l’argent viendra à manquer, les budgets de la Culture risquent d’être ponctionnés au profit d’autres actions. A fortiori si ils n’ont pas été dépensés en totalité les années précédentes, ce qui semble être le cas.
Sa volonté de « relancer » le Mécénat Culturel et développer des partenariats privés, notamment lors d’actions événementielles sur le territoire rural, devrait asseoir son action sur des sources plus pérennes ; et le faire bénéficier d’une stabilité qui lui permettra d’encaisser plus sereinement les aléas du financement publique.